Les FTP, Nouvelle histoire d’une Résistance par Franck Liaigre

L’auteur membre de l‘équipe de recherche historique du ministère de la Justice l’avoue, il a longtemps cru à la geste héroïque des FTP, mais bien des années plus tard, l’étude des archives disponibles lui a montré que cette histoire était en fait une « narration légendaire », ce que savaient depuis longtemps ceux qui, comme moi, avaient eu pour amis des membres non communistes des FTP.
Mais, avant toute critique des historiographes du parti « des 75.000 fusillés » il faut écrire que les FTP, communistes et non communistes, ont payé très cher leur résistance et saluer l’admirable courage de ces femmes et de ces hommes, face au danger, à la torture, à la déportation et à la mort.
Cela est connu, en 1939 le PCF s’est aligné sur les positions de l’URSS alliée à l’Allemagne nazie et a soutenu le pacte germano-soviétique du 23 août 1939, il est maintenant bien établi que des membres du PCF ont même pratiqué des sabotages visant l’armée française. Une attitude de neutralité fut la position officielle du parti jusqu’à l’été 1941, quand Hitler décida d’envahir l’URSS, le PCF bascula alors dans la Résistance. Mais de juin 1940 à juin 1941 la position du PCF fut donc une prudente réserve vis-à-vis de l’occupant, les tracts distribués alors par le parti ne faisant guère de différence entre le régime collaborationniste de Vichy et les Français Libres de Londres.
Ce qui surprend d’abord dans ce récit c’est l’improvisation qui marque l’organisation des FTP et même de son groupe phare les FTP-MOI, issu de la main d’oeuvre d’origine étrangère, également les lacunes de l’organisation des FTP, tout cela à l’ombre d’un parti pourtant remarquablement organisé et habitué aux actions secrètes. Une autre source d’étonnement dans cette histoire des FTP est finalement leur faible nombre considérant les effectifs du parti dans ce pays dans les années 30 du siècle dernier. Il faut sans doute l’attribuer à la fracture causée par le soutien du parti au pacte germano soviétique et aux tentatives de « collaboration » de juin 1940 qui désorientèrent beaucoup de militants.
C’est ce qui explique sans doute la modestie des actions des FTP et leurs résultats tout aussi modestes, du moins jusqu’en 1944. Il y a plusieurs raisons à cela. D’abord, après la boucherie de 1914/18 dont les peuples furent les premières victimes, les partis de gauche étaient majoritairement pacifistes, ensuite la politique des FTP de cibler des militaires allemands et en particulier des officiers entraina en représailles, l’assassinat de nombreux otages par l’occupant, ce qui en révulsa beaucoup, finalement la répression allemande contre le FTP fut terrible et en désorganisa certainement le recrutement.
Evidemment, l’auteur n’a pas étudié toutes les archives y compris celles du PCF, mais il ne cache rien, de ce qui est maintenant connu, ni le courage des francs tireurs, ni les assassinats des membres du PCF qui s’étaient écartés de la « ligne générale » en 1939/40, ni les dérives vers le grand banditisme de certains groupes de FTP avec leurs attaques de commerces, de bureaux de poste, de banques pour se constituer des trésors de guerre. Il donne même une confirmation de la possible implication de Jacques Duclos dans des affaires d’espionnage au service de la police secrète soviétique.
Par contre s’agissant de l’arrestation de Gabriel Péri en mai1941 il omet de mentionner que son dénonciateur, comme il est prouvé aujourd’hui, était un militant du parti, de même il n’écrit que peu de choses s’agissant de l’exécution de plusieurs membres importants du parti, comme Georges Déziré responsable en Normandie.
Il y a également peu d’informations sur les actions des FTP en Bretagne, comme par exemple sur l’assassinat de l’abbé Perrot, pourtant plusieurs hauts responsables des FTP, Henri Tanguy ou Charles Tillon étaient Bretons, Charles Tillon qui, à l’époque se qualifiait de « stalinien de pure obédience », comme ne le cache pas l’auteur, a pourtant joué un rôle important dans la résistance bretonne.
Donc, un livre qu’il faut lire pour commencer vraiment à comprendre ce que furent les FTP. Jean Cévaër
Perrin, 368 pages, 22,90 €