« Viens rejoindre notre armée », 1944 une Résistance bretonne à contretemps

« Viens rejoindre notre armée », 1944 une Résistance bretonne à contretemps.
Yves Mervin, YM, 24 €, 534 p
Depuis de longues années Yves Mervin, ingénieur de la Défense Nationale s’est intéressé à la période de l‘occupation en Bretagne, une période tragique s’il en fut et qui a marqué durablement les esprits, en Bretagne et hors de Bretagne, mais aussi l’évolution politique de notre patrie, jusqu’aujourd’hui.
Sur ce thème Yves Mervin a publié en 2011, « Arthur et David », les Bretons et les Juifs sous l’occupation et, en 2013, « Joli mois de mai 1944 », la face cachée de la Résistance en Bretagne.
Ces deux ouvrages faisaient justice de beaucoup de mensonges présentés comme des vérités par les deux groupes qui s’attribuèrent tous les mérites de la libération du territoire en 1944/45, les partisans du général de Gaulle et le parti des « 75.000 fusillés ».
Ce troisième ouvrage traite bien entendu de l’occupation allemande et de la Résistance en Bretagne, mais aussi de ces militants bretons qui se mirent au service du IIIe Reich. Dans la confusion tragique de cette époque il y eut en Bretagne comme les prémices d’une guerre civile, avec tous les drames qui accompagnent ce type de déchirement.
Pour éclairer cette période au-delà des partis pris idéologiques Yves Mervin a consulté les archives françaises, archives départementales dans les quatre départements bretons les plus concernés, 22, 29, 35 et 56, mais aussi celles du département de l’Aube, les Archives Nationales, les archives de la justice militaire, le Service Historique de la Défense et bien entendu, des archives étrangères, les Bundes Archiv de Coblence en Allemagne, les National Archives de Londres en Grande Bretagne, les National Archives de College Park aux USA et la Bibliothèque Nationale de Cambrie à Aberystwyth en Cambrie, dans le Royaume Uni et des archives privées.
C’est dire le sérieux de la recherche qui a accompagné l’écriture de cet ouvrage qui s’imposait, car l’histoire de cette période en Bretagne a été écrite et réécrite, mais trop souvent par des historiographes au service du pouvoir parisien qui voulaient donner « une certaine idée de la France » pendant cette période et bien entendu par les « historiens » communistes dont la vision de l’histoire est telle que, comme il se disait de leurs camarades soviétiques, « avec eux le passé est plus difficile à prédire que l’avenir ! ». Ce sont ces falsifications historiques que Yves Mervin déconstruit dans cet ouvrage.
A côté des exactions qui ont déjà été dénoncées de groupes de résistants, en particulier communistes, Yves Mervin aborde le sujet controversé de la participation de militants bretons aux côtés des forces du IIIe Reich, et en particulier du redouté Sicherheitsdienst dans la répression de la Résistance. Dans les pages de son livre Yves Mervin ne cache rien de ces engagements et en particulier de ceux de certains membres du Bezen Perrot qui n’hésiteront pas à endosser l’uniforme du Schutz Staffel.
Bien entendu, il est largement question des nombreux maquis dans trois des départements bretons, les 22, 29 et 56, mais aussi du Groupe Liberté en Loire-Inférieure dont les membres étaient issus du PNB, le Parti National Breton et des Bagadou Stourm fondés par le grand artiste nazairien, Yann Goulet.
Evidemment, une telle masse d’information ne peut se résumer, mais des leçons peuvent en être tirées. D’abord, les Bretons constituent un peuple comme tous les autres, il y a dans son sein des héros, j’en ai connu des dizaines qui avaient courageusement servi dans les FFL, les FNFL, les FFI et les FTP, mais, dans notre peuple il y a aussi ceux que Yves Mervin nomme des « salauds » et il y en eut des deux côtés, coupables des pires exactions, dénonciations, vols, viols, tortures, assassinats !
Le plus triste, c’est que beaucoup de ces hommes et de ces quelques femmes qui se sont ainsi, déshonorés étaient guidés par l’idéologie, pour les militants bretons, il s’agissait clairement de la haine du pouvoir français oppresseur de la Bretagne, destructeur de sa langue et de sa culture et pour les communistes de l’espoir d’un grand soir et de matins qui chantent.
Dans l’interprétation de tous ces évènements il ne faut pas négliger le désastre que fut l’effondrement militaire et politique de la France en juin 1940 et le choc psychologique qui s’en suivit, sans oublier la confusion administrative, sociale, économique, politique et éthique qui en résulta.
Il y a également, ce que beaucoup considérèrent comme une trahison, le soutien du PCF au pacte germano-soviétique et après juin 1940 et jusqu’en juin 1941 ses critiques des gaullistes et des Anglo-Saxons. Puis, ce fut une occupation que le pays n’avait jamais connue et de nouveaux éléments de confusion, pour beaucoup dus à la volonté du régime de Vichy de collaborer avec l’occupant.
Mais, tous ceux qui se sont conduits de la façon ici décrite ne pouvaient oublier ce qui était connu de beaucoup, pour les militants bretons, les crimes du IIIe Reich et, en particulier leur odieuse persécution des Juifs, y compris en France avec l’assistance du régime de Vichy, si bien que même les crimes communistes, comme l’ignoble assassinat de l’abbé Yann Vari Perrot ne pouvaient justifier, pour moi, de s’associer à ce qui se faisait de pire dans l’appareil répressif nazi, le SD.
Pour ce qui est des communistes, ils ne pouvaient non plus ignorer la terreur que Staline et Beria faisaient régner en URSS depuis une décennie et les millions de déportés et de morts qui l’accompagnaient. Mais F.D. Roosevelt et W. Churchill, pour vaincre Hitler, n’avaient pas hésité à soutenir celui qui fut l’un des pires criminels du XXe siècle, Joseph Vissarionovitch Djougachvili, dont le général de Gaulle serrera lui aussi la main, le 10 décembre 1944 pour signer avec lui un Traité d’Alliance et d’Assistance Mutuelle, ajoutant ainsi à la confusion des esprits. Quand nous savons ce qu’il en est résulté il est clair que l’on ne soupe pas avec le diable, même avec une très longue cuillère.
Une autre leçon a tirer de ces tragiques évènements, c’est la désorganisation de beaucoup de groupes de résistants et de maquis, leur impréparation, mais surtout les risques énormes qu’ils prenaient en se montrant en public, y compris dans des localités où la population leur était favorable.
L’action secrète, doit être cachée, c’est ce qu’avait compris Gilbert Renault, le colonel Rémy, et sa Confrérie Notre Dame, dont j’ai eu l’honneur de bénéficier des commentaires sur cette question et il est dommage que les responsables de la France Libre à Londres et à Alger n’aient pas su veiller au respect de la dimension essentielle de l’action secrète, le secret, bien des morts eussent pu être évitées.
Finalement, la justice française n’est pas épargnée, elle qui condamna pendant l‘occupation beaucoup de résistants, se montra à la Libération d’un laxisme stupéfiant s’agissant de vols, de viols, de tortures et d’assassinats commis par certains « résistants » qui s’en tirèrent avec un non-lieu, quand dans le même temps des patriotes bretons, auxquels ne pouvait être reproché aucun acte de collaboration furent trainés devant les tribunaux. La justice, pourtant garantie d’un état de droit n’en fut pas grandie.
C’est, l’une des raisons qui font que ce livre est refermé avec un immense sentiment de tristesse, toutes ces morts inutiles, tous ces crimes, toutes ces trahisons, toutes ces lâchetés de certains que peine à effacer l’héroïsme de tant d’autres, dont pour beaucoup la vie s’arrêta du fait de leur impréparation et de l’irresponsabilité de leurs chefs. Et tout cela fut le fait de Bretons, nos compatriotes, y compris de militants bretons passés au service de l’occupant.
Il faut remercier Yves Mervin, de nous montrer sans dissimulation ces réalités historiques que souvent, d’un bord et de l’autre, nous préférerions souvent ignorer, mais qui sont essentielles pour comprendre l’histoire de notre patrie, qui conditionne sa situation sociale et politique actuelle.
Jean Cévaër