Légitimité et illégitimité des états-nations. Quatrième partie : De la guerre de 1939/45 aux premières décennies du XXIème siècle.

Légitimité et illégitimité des états-nations. Quatrième partie : De la guerre de 1939/45 aux premières décennies du XXIème siècle.
La guerre de 1939-1945 et ses suites
Le 1er septembre 1939 la Wehrmacht envahit la Pologne, le 17 ce sera le tour de l’armée rouge. Les atrocités que ces deux armées perpétreront dans ce pays sont bien connues. Le 3 septembre la France liée par traité à la Pologne, suivie par la Grande Bretagne déclare la guerre à l’Allemagne. Ce fut d’abord la « drôle de guerre » quand les adversaires restent apparemment l’arme au pied, période que les Allemands mettent à profit pour préparer leur offensive éclair, la Blitz Krieg.
Le 30 novembre 1939, l’URSS attaque la Finlande sans déclaration de guerre et les courageux Finlandais tiennent tête à l’armée rouge, mais face au nombre devront demander l’armistice. Le 4 octobre 1939 Thorez déserte face à l’ennemi et passe en URSS où il restera pendant la guerre, alors qu’il prétendit être resté en France jusqu’en 1943. Bien entendu, il sera déchu de la nationalité française. Le PC est dissout et ses députés exilés dans le Sud Algérien. Mais au sein du gouvernement s’est constitué un parti de la paix qui demande de négocier avec l’Allemagne plutôt que d’accepter un affrontement meurtrier. Il est clair qu’une France divisée aura beaucoup de peine à faire face à un Reich uni dans sa volonté de revanche et de conquête. Il faut y ajouter l’incompétence d’un état-major français qui mise encore sur une guerre de positions et pense que la Ligne Maginot est une protection infranchissable, quand l’état-major allemand a choisi, lui la guerre de mouvement, utilisant les chars appuyés par l’aviation d’attaque.
Hitler, fait envahir sans déclaration de guerre le Danemark, la Norvège, les Pays-Bas, la Belgique, le Luxembourg. Les troupes françaises entrent en Belgique pour défendre un allié lâchement attaqué, mais les blindés allemands envahissent la France via les Ardennes réputées infranchissables, les troupes françaises et britanniques sont encerclées autour de Dunkerque. La Belgique a capitulé le 28 mai, le 14 juin Paris est occupé, le gouvernement se réfugie dans le Val de Loire avant de se replier sur Bordeaux. Les soldats français se battent courageusement, en six semaines près de 100.000 perdront la vie, leur résistance face à l’ennemi étant gênée par l’afflux sur les routes des réfugiés fuyant l’avance allemande, à l’Est, au Nord et en région Ile de France.
Paul Reynaud qui a remplacé Edouard Daladier en mars 1940, démissionne à son tour le 16 juin et Philippe Pétain devient chef du gouvernement. Il sollicitera un armistice dès le 17 juin et le général de Gaulle lancera son célèbre appel dès le lendemain. Faut-il souligner que les 700 Français Libres autour de lui à Londres, sont alors essentiellement des Bretons. Le 22 juin l’armistice est signé, la France renie les engagements qu’elle avait pris vis-à-vis de la Grande Bretagne et se déshonore en livrant aux Allemands les antinazis qu’elle avait accueillis quelques années plus tôt. La France métropolitaine est divisée en deux zones, la zone occupée étant elle-même divisée par l’occupant. Coupée de ses territoires d’outremer, l’unité de la France n’a jamais été aussi menacée depuis la révolution de 1789.
L’état français.
Le pouvoir migre de Bordeaux à Vichy, un exode marqué par la lâche attaque de la flotte française mouillée à Mers El Kébir et quasiment désarmée, par la Royal Navy sur ordre de Churchill, les 3 et 6 juillet 1940 causant la mort de 1297 marins français, un désastre dont l’impact sur les sentiments des Français, sur l’attitude des responsables de la flotte militaire et sur celle du gouvernement de Vichy, en particulier de l’amiral Darlan, ministre de la marine de l’époque, aura l’importance que nous savons.
D’autant que le 10 juillet l’assemblée nationale et le sénat réunis à Vichy, mettent fin, par un vote qui réunit 85% des suffrages, à la IIIe république et instaurent l’Etat français, dont le responsable sera le maréchal Pétain investi d’un pouvoir quasi absolu comme chef de l’état. Ce nouveau pouvoir laissera peu de place aux élus et donnera beaucoup de place aux fonctionnaires. Le régime de Vichy est un régime combinant un mélange de conservatisme social, de retour du religieux, qui est également encouragé par les dangers et les malheurs de l’époque, mais un régime faisant preuve aussi d’une volonté de développement, économique, industriel et scientifique qui ne portera ses fruits qu’après la Libération.
Mais ce régime se déshonorera par sa persécution des Juifs, par la collaboration avec l’occupant de certains de ses membres et dans beaucoup de domaines, y compris celui de la sécurité, sans oublier une pratique sectaire de l’exclusion des groupes qui furent désignés comme responsables de la défaite. Le « retour à la terre » fut accompagné d’une volonté de revenir aux anciennes provinces, mais ce sont les fonctionnaires qui triomphèrent derrière l’amiral Darlan et imposèrent les décrets du 30 juin 1941 « attribuant à certains préfets les pouvoirs des préfets régionaux et portant division du territoire pour l’exercice de ces pouvoirs ». Darlan y vit une occasion d’affaiblir la Bretagne qui avait fourni la majorité des Français Libres de juin 1940, une Bretagne que la haute administration considérait encore comme une menace pour l’unité de l’état-nation. La Loire Inférieure fut arrachée à la Bretagne, malgré les protestations de beaucoup d’élus bretons, en particulier les maires de Nantes et de Rennes. La Loire-Inférieure fut incluse dans la région d’Angers, les quatre autres départements bretons formant la région de Rennes. Faut-il souligner que, malgré l’engagement majeur des Bretons dans la France Libre et dans la Résistance, après la Libération tous les pouvoirs successifs maintinrent cette choquante partition administrative, par des découpages aussi peu fondés que le découpage vichyste et sans aucune consultation démocratique, en dépit des protestations du peuple breton, ce qui en a amené beaucoup à contester la légalité de ce qu’il faut bien appeler un « charcutage administratif » et, ipso facto à contester la légitimité des pouvoirs qui l’ont imposé.
Il faut revenir sur la collaboration, qui ne fut jamais massive et concerna surtout le pouvoir politique et ceux qui dans la société civile y voyaient leur intérêt. Les collaborateurs pour des raisons idéologiques par exemple l’anticommunisme, furent toujours très minoritaires dans le pays. Beaucoup venaient de la gauche, par exemple l’ex communiste Doriot, l’ex socialiste Déat ou l’ex radical Luchaire. D’ailleurs, dès le retour de Laval au pouvoir en avril 1942, le vent tourna dans le pays et le régime de Vichy, déconsidéré par sa soumission à l’occupant, sa persécution des Juifs et l’aide apportée à la poli- ce allemande, pour traquer les résistants, en particulier par la Milice de Darnand, autre héros de 14-18, perdit le soutien accordé en juin 1940 par une majorité de Français au « Vainqueur de Verdun ». En novembre 1942 le débarquement des Alliés en Afrique du Nord, l’invasion de la Zone Sud par la Wehrmacht, le sabordage de la flotte à Toulon, scellèrent le sort de l’Etat français, car en Afrique du Nord passée sous le contrôle des Alliés le général Giraud reconstitua une armée qui devait battre ce qui restait de l’Africakorps en Tunisie, participer aux débarquements en Italie et en Provence et contribuer à la libération de la France métropolitaine et à la victoire finale en Allemagne. Il est regrettable que de Gaulle, qui ne voulait pas de rivaux ait écarté le général Giraud qui avait pour- tant la confiance des Alliés, mais qui s’inclina dans l’intérêt supérieur du pays. En France métropolitaine, la Résistance s’organisait, en particulier avec les réfractaires au STO et ses actions prendront de plus en plus d’ampleur jusqu’à en faire un acteur militaire majeur avant et après le débarquement des Alliés en Normandie.
Alors que cette Résistance fut multiple, les communistes qui avaient attendu l’invasion de l’URSS par l’armée allemande en juin 1941 pour s’opposer à l’occupant, jouèrent au sein de la Résistance un rôle important qui fut malheureusement marqué par de condamnables exactions, en particulier au motif « d’épuration », leurs auteurs ne furent jamais jugés mais leurs crimes furent une tache qui, heureuse- ment ne peut faire oublier l’héroïsme de la grande majorité des résistants de tous horizons, y compris certains de ceux issus du PCF. Ce qui est évident, c’est que la participation de la France Libre, de l’armée d’AFN et de la Résistance à la victoire de 1945 permirent à la France de retrouver sa place dans le concert des nations.
Mais l’occupation et la collaboration seront la cause, sinon d’une guerre civile, que la présence des Alliés permit sans doute d’éviter à la Libération, au moins d’une nouvelle fracture de l’état-nation, mettant en cause son unité et son indivisibilité.
Le gouvernement provisoire.
Le Reich capitule le 8 mai 1945, la France est totalement libérée y compris les dernières « Poches » de Lorient et Saint-Nazaire. De Gaulle est le chef d’un gouvernement provisoire qui au nom de l’unité nationale comprend des membres de tous les partis y compris le PC qui y place ses dirigeants, dont Thorez qui, de déserteur face à l‘ennemi passe au rang de ministre d’état chargé des réformes administratives, Billoux ministre de l’économie, Tillon ministre de l’armement, Paul ministre de la production industrielle, Croizat ministre du travail et de la sécurité sociale. Le PC en profitera pour noyauter les ministères, l’administration, les services publics et les sociétés nationalisées.
Il faut se souvenir que c’est sur les « conseils » de Staline, avec lequel il a signé un Traité d’alliance et d’assistance mutuelle le 10 décembre 1944, que de Gaulle permettra à Thorez de rentrer en France, en lui redonnant la nationalité française dont il avait été déchu en 1939. Il faut ajouter que pour la première fois dans l’histoire de la république un parti ouvertement à la solde d’une puissance étrangère, qui sera bientôt considéré comme ennemie, prend part au gouvernement. En effet, le PC ne participa pas, sur ordre de Moscou, au gouvernement de Léon Blum de mai 1936.
Le général de Gaulle a aussi à gérer l’épuration et à fermer les yeux sur les nombreuses exécutions extra-judicaires auxquelles se livrèrent certains résistants et particulièrement les communistes. Près de 11.000 personnes, dont des innocents injustement dénoncés ou qui gênaient les visées politiques du PC, perdirent la vie dans cette épuration sauvage. Il faut aussi rappeler le sort de ces femmes livrées à la vindicte populaire, parfois, là encore sur la foi de dénonciation motivées par la jalousie ou le dépit. Pour couvrir ses crimes le PC invoqua son rôle dans la Résistance qui ne peut être nié et ses « 75.000 fusillés », un chiffre évidemment exagéré, puisque le nombre des exécutions et des assassinats dont l’occupant fut responsable ne dépassa pas 30.000 personnes, chiffre évidemment choquant dont, il faut le souligner, beaucoup de communistes, victimes auxquelles if faut ajouter tous les déportés.
Il faut quand même souligner que l’épuration officielle, dans les mains de juges qui, pour certains pendant l’occupation jugeaient les résistants, fut souvent clémente. Plus de 160.000 collaborateurs furent arrêtés et incarcéré, il y eut 73.500 non-lieux et 86.000 condamnations, dont 7037 à la peine capitale, mais seulement 767 exécutions, 70% des condamnations à mort furent commuées en peines de prison et, par la suite de Gaulle et ses successeurs comme le président Auriol usèrent largement de leur droit de grâce. Mais des blessures qui mirent des décennies à se cicatriser avaient été causées dans le corps social, accentuant encore la division de la nation.
Par ailleurs, pour la cinquième fois depuis la révolution de 1789, la France avait été dirigée par un gouvernement provisoire. Ce que furent la Convention Nationale en 1792, le gouvernement provisoire après la révolution de 1848, celui qui suivit la chute de l’empire en 1870, le régime de Vichy et finale- ment donc celui qui suivit la Libération. Tous ces régimes provisoires à la légitimité parfois douteuse ont donc peut être contribué à faire douter de la légitimité de l’état-nation lui-même. Poussé par la Comité National de la Résistance, sous influence communiste, le pouvoir engagea un grand programme de nationalisations, des mines, des grands groupes industriels, des banques et des sociétés d’assurance, la SNCF était déjà nationalisée depuis 1938. Ces sociétés publiques, les services publics et l’administration furent dans les faits codirigés par le syndicat majoritaire la CGT, aux mains des communistes, qui arrachèrent au pouvoir au profit de ces corporations des avantages exorbitants du droit commun, dont le peuple paie le prix aujourd’hui.
Il faut ajouter la gestion paritaire de la sécurité sociale avec les abus au sein de caisses gérées souvent au détriment des travailleurs du secteur privé, des abus souvent dénoncés par la Cour des Comptes.
La quatrième république.
Le fait marquant des années qui suivirent la Libération, au-delà de l’épuration, c’est la montée en puissance du PCF qui, au référendum d’octobre 1945 combiné à l’élection d’une assemblée constituante devient le premier parti de France, les électeurs ayant oublié ses trahisons de 1939/1941 et ses crimes au motif « d’épuration », le parti gardera une influence majeure au sein de la gauche pendant près de 40 ans, quant au syndicat qu’il contrôle, la CGT, c’est aussi le premier syndicat national.
L’assemblée constituante est dominée par deux partis marxistes, le PCF et la SFIO, qui élisent quand même de Gaulle comme président du conseil. Il démissionnera en janvier 1946. Mais les électeurs rejettent le projet de constitution par le référendum de mai 1946, l’assemblée constituante est dissoute et la démocratie chrétienne représentée par le MRP domine la nouvelle assemblée.
La constitution de la IVe république est approuvée en octobre 1946. Elle contient en elle les causes de tous les échecs de cette nouvelle république, par le retour au parlementarisme et au règne des partis et à leurs jeux politiques. Faut-il ajouter qu’approuvée par seulement 36% des électeurs face à 30% d’abstentions, cette nouvelle constitution semble dès l’origine frappée d’illégitimité.
1947, la IVe république au bord du gouffre
La situation économique est désastreuse, il faut rétablir les cartes de ravitaillement, les Français manquent de pain, il faut importer de l’étranger des produits alimentaires et en particulier du blé et aussi des équipements industriels, des machines. Les USA sont au premier rang des pays qui vont aider la France, d’abord ils annulent près de trois milliards de dettes et prêtent à nouveau au gouvernement français pour le tirer d’affaires. C’est en juin 1947 que les USA proposeront ce qui deviendra le Plan Marshall à toute l’Europe, y compris l‘Europe de l’Est sous domination soviétique, ce que Moscou refusera, un Plan qui contribuera au redressement de l’Europe Occidentale. Profitant de la situation désastreuse en France, sur ordre du Kominform, la CGT multiplie les grèves, elles ont débuté en avril par la RNUR et culmineront dans les grèves massives à caractère insurrectionnel de novembre et décembre 1947, en particulier les grèves des mineurs du Nord où les cégétistes interdisent par la violence l’accès des puits aux non-grévistes et aussi dans la région marseillaise. Ces grèves s’accompagnent de sabotages comme celui qui causera le déraillement du Paris-Arras le 3 décembre qui fera de nombreux morts et blessés. L’économie du pays est paralysée sur ordre du comité central de grève sous les ordres de la CGT.
Dans le même temps, certaines colonies ne supportent plus la domination française et se révoltent, c’est le cas au Tonkin, à Madagascar, des rebellions qui seront brutalement réprimées et qui en Asie du Sud-est mèneront à la désastreuse guerre d’Indochine. Mais l’URSS menace la Grèce et la Turquie, c’est le début de la Guerre Froide et le Rideau de Fer est tombé sur l’Europe qu’il coupe en deux, mais il est aussi tombé en France et sépare les partis républicains du parti communiste dont les ministres on quitté le gouvernement. Certains ont pu penser que les communistes ont alors voulu s’emparer du pouvoir pour faire de la France une autre « démocratie populaire ». Mais le gouvernement de Robert Schumann et son ministre de l’intérieur, Jules Moch feront face, les forces de l‘ordre reprendront le contrôle du territoire, la démocratie sera sauvée.
La CGT en paiera le prix, les démocrates la quitteront pour fonder la CGT-FO.
L’économie, la clef de tout, les guerres coloniales le début du déclin.
Jusqu’en 1950 l’économie française est dirigiste, le pouvoir dirige tout, Il y a encore des restrictions, des tickets de ravitaillement et des pénuries alimentaires, le contrôle des loyers freine la construction de logements, la gestion des sociétés nationalisées, souvent codirigées avec la CGT, laisse déjà beau- coup à désirer. Quant aux finances elles sont dans un état déplorable et le FF sera dévalué trois fois de 1947 à 1949. Devant ces échecs, peu à peu ce sera le desserrement des freins étatiques et le retour à l’économie de marché, évolution encouragée par le Plan Marshall et son aide de 2.000 milliards de FF. Sa mise en œuvre malgré, l’opposition des communistes et des gaullistes fut un succès et marqua le début des « trente glorieuses ».
Avec la création du Commissariat Général au Plan à l’initiative de Jean Monnet, la maîtrise d’œuvre du développement industriel reste la responsabilité du pouvoir central, mais les responsables en seront longtemps des hommes compétents et honnêtes à la suite de Jean Monnet, auquel la France et l’Europe doivent tant. Cette période verra aussi la création de l’OECE, qui deviendra l’OCDE et de la CECA cette dernière étant aussi une initiative de Jean Monnet.
Deux évènements majeurs marqueront donc cette période, le début de la « guerre froide » et les guerres coloniales dont les conséquences seront dramatiques. Après le « coup de Prague » il est clair que la tyrannie soviétique n’a plus d’opposition pour faire régner la terreur sur les Etats Baltes et l’Europe de l’Est, le PCF applaudit. Mais pour faire face à la men- ace soviétique les démocraties s’unissent, d’abord au sein de l’Union de l’Europe Occidentale puis de l’OTAN, car les forces de l’Union sont dérisoires face aux 200 divisions de l’Armée Rouge. Evidemment les communistes et les gaullistes s’opposent à ce pacte de défense que dominent les USA, pourtant c’est l’OTAN, fondée le 4 avril 1949 qui, pendant 40 ans, jusqu’à l’effondrement de l’URSS aura protégé l’Europe Occidentale d’une agression soviétique. Face à la menace soviétique les nations de l’Europe de l’Ouest protégées par le Pacte Atlantique souhaitent développer une défense commune, ce sera le Plan Pleven de 1950 dont est issue la Communauté Européenne de Défense, signée le 27 mai 1952, qui ne sera jamais ratifiée suite au vote négatif des élus communistes et gaullistes le 29 août 1954. Mais il y aura l’Union de l’Europe Occidentale, qui fut créée en 1954 et représente encore aujourd’hui la seule organisation européenne à vocation défensive. Mais la France, dont les dirigeants croient toujours à sa mission « civilisatrice » et n’ont pas perçu les bouleversements du Monde suite à la deuxième guerre mondiale, va se lancer dans de désastreuses guerres coloniales, en Indochine, à Madagascar et en Algérie qui l’affaibliront et saliront son image. Le plus tragique après le départ des soldats français, ce fut l’abandon à la vindicte des indépendantistes des populations locales qui s’étaient rangées aux côtés du colonisateur, en Indochine et en Algérie, une lâcheté impardonnable.
La Vème république.
C’est la désastreuse guerre d’Algérie qui conduira la IVème république à sa fin. Face à l’insurrection, les responsables de l’armée en Algérie prennent de plus en plus de responsabilités et de pouvoir. La population d’origine européenne et ses soutiens d’origine locale se méfient de plus en plus du pouvoir parisien. Ce manque de confiance entre l’Algérie et le gouvernement culmina avec les évènements du 13 mai 1958 montrant que l’armée dirigée par le général Salan est en état de quasi dissidence.
Pour sortir le pays de cette situation prérévolutionnaire le président Coty ne voit que le général de Gaulle qui, le 30 mai 1958 devient président du conseil. Faut-il ajouter que la façon dont les choses se sont passées en conduira certains, surtout à gauche, à évoquer dans ce retour au pouvoir du général, un coup d’état, même si la constitution de la république et ses dispositions ont été respectées par le président et par le nouveau premier ministre. Le général met immédiatement en chantier le projet d’une nouvelle constitution sensée corriger les faiblesses, en particulier celle de l’exécutif, dont a témoigné la constitution de 1946.
La nouvelle constitution sera largement approuvée par le référendum du 28 septembre 1958. Le général sera élu président de la Vème république le 21 décembre 1958 et il prendra ses fonctions le 1er janvier 1959. Il choisira comme premier ministre le jacobin, Michel Debré. Choisi par le président Coty pour mettre fin à la guerre d’Algérie de Gaulle s’y emploiera mais devra faire face aux incompréhensions, parfois suscitées, comme aux révoltes qui hanteront les mémoires pendant des décennies, telle la fameuse semaine des barricades de janvier 1960. Pour soutenir son action le général a recours au référendum, qui en janvier 1961 donne un oui massif en faveur de l’auto- détermination du peuple algérien. En avril 1961 c’est le putsch des généraux et la création de l’OAS en mai, la guerre civile menace. En mars 1962 ce sont les accords d’Evian et le cessez le feu en Algérie si bien que le référendum de mai 1962 en métropole est très majoritairement en faveur de l’indépendance de l’Algérie. En Algérie, le référendum du 1er juillet 1962 est lui aussi massivement en faveur de l’indépendance.
L’Algérie devenue indépendante, le nouveau pouvoir algérien règle ses comptes avec les Européens et surtout avec les Algériens partisans de l’Algérie française qui sont lâchement abandonnés sur ordre du général et victimes d’un massacre accompagné d’abominables exactions. Ce qui entraine une longue série d’attentats de l’OAS en Algérie et en métropole y compris contre le chef de l’état. Finalement tout rentrera dans l’ordre et de Gaulle poursuivra l’œuvre de décolonisation en Afrique subsaharienne.
Le général s’engage pour un temps dans la construction de la CEE entamée par la IVème république. L’aménagement du territoire, pour dé-serrer le carcan de l’hyper-centralisme est entrepris, c’est la création de la DATAR en mai 1963, puis des CODER en mars 1964, dont le modèle fut le CELIB. Mais le décret de juin 1960 a maintenu en Bretagne le découpage administratif du régime vichyste.
La constitution de 1958 n’a que 4 ans, mais de Gaulle veut changer la nature du régime. Le référendum d’octobre 1962 institue l’élection du président de la république au suffrage universel, il est approuvé par 62% des électeurs, la France bascule dans un régime présidentiel. Sûr de son pouvoir, de Gaulle cherche donc à s’imposer au sein de la CEE, en usant de techniques comme celle de « la chaise vide », il se rapproche de l’URSS et de la RPC et en mars 1966 il retire la France du commandement intégré de l’OTAN, ce qui amène le départ de ses instances dirigeantes de France pour la Belgique et pénalise la Bretagne, en particulier le port de Saint-Nazaire, le premier port de l’OTAN sur la façade atlantique qui est, lui aussi, abandonné.
En parallèle le général poursuit le programme de dissuasion nucléaire initié sous la quatrième république, même si face au surarmement nucléaire de l’URSS cette dissuasion est une protection douteuse.
Mais l’industrie se développe ainsi que l’agriculture, grâce à la CEE et à sa PAC. La Vème république c’est aussi une révolution urbanistique avec la création des « villes nouvelles » autour de Paris, avec leurs barres et leurs tours qui vont détruire des espaces naturels magnifiques de l’Ile de France et bétonner certaines des plus riches terres agricoles du pays et, par la suite, être à l’origine des problèmes dits « des banlieues ». Même dans cette France redevenue prospère et apparemment apaisée, les divisions ne manquent pas, ainsi aux élections législatives de 1967 près du quart des électeurs votent pour les communistes malgré la connaissance maintenant générale des crimes abominables commis par les communistes en URSS, dans les Pays Baltes et dans les nations occupées d’Europe de l’Est, les démocraties dites populaires.
Mais ce n’est pas tout, une partie de la jeunesse noyautée par des groupuscules d’extrême gauche, trotskistes, maoïstes, anarchistes récuse totalement la société dans laquelle elle vit et surtout ce qu’elle considère comme sa finalité. Ce qui a pu sembler être une révolution débutera pour une affaire de coucheries dans une université parisienne excentrée et cette étincelle embrasera le pays et fera penser à la fin de la république et peut être de la démocratie.
Par les accords de Matignon le premier ministre Pompidou apaisera les syndicats, en particulier ceux des services publics et des sociétés nationalisées qui ont été au premier rang pour paralyser le pays. Le prix des concessions faites sera et pour longtemps la perte de compétitivité de l’industrie française. Le discours du 30 mai du général et la grande manifestation patriotique qui suivra mettront fin à cette ébauche de révolution qui marquera durablement le pays et accentuera encore ses divisons.
De façon intéressante, la Bretagne, dont les grandes villes ont subi le contrecoup des révoltes parisien- ne, tirera son épingle du jeu. Depuis six ans la Loi Programme de juin 1962 pour l’aménagement de la Bretagne était bloquée or, sans doute bien conseillé par l’une de ses proches et pour ne pas avoir « d’ennemis à l’Ouest », Pompidou convoque les responsables du CELIB le 31 mai 1968, la situation est débloquée et dès octobre suivant est lancé le Plan d’investissement pluriannuel pour la Bretagne, qui sera à l’origine du Plan Routier Breton, du port en eau profonde de Roscoff, des aménagements du port de Brest et de son Centre Océanographique, sans oublier les développements dans l’électronique industrielle et les communications.
Mais, soyons clairs, mai 1968 fut un tournant dans l’histoire de la république et s’il annonçait la fin du règne du général, il marquait aussi la fin de la société française telle qu’elle s’était reconstruite depuis la Libération, après 1968 tous ses piliers, déjà sérieusement ébranlés furent systématiquement détruits pendant les décennies suivantes par les penseurs et les politiciens de gauche, la famille, les Eglises, l’école, l’université et, le plus grave pour la suite, l’état lui même.
La longue paralysie de l’économe française qui se prolongea au-delà du mois de mai et les accords de Matignon, comme indiqué, portèrent un coup très dur à la compétitivité de l’industrie française et à l’économie du pays. La monnaie fut menacée et si de Gaulle parvint à sauver son « nouveau franc », son successeur le dévaluera.
Au cours des évènements de mai il était apparu que dans les espaces régionaux, depuis des décennies et en particulier en Bretagne, des volontés s’exprimaient en faveur d’une déconcentration des pouvoirs parisiens au profit des régions. La création des CODER sur le modèle du CELIB avait été un pas dans cette direction, si bien qu’en mars 1968, à Lyon, le général avait pu déclarer que « l’effort multiséculaire de centralisation, qui fut si longtemps nécessaire à notre pays pour réaliser et maintenir son unité, ne s’impose plus désormais. Au contraire, ce sont les activités régionales qui apparaissent comme les ressorts les plus puissants de sa puissance économique de demain ».
C’est dans cet état esprit que de Gaulle prépare le référendum d’avril 1969, qui réforme profondément les institutions de l’état et, en particulier, fusionne deux structures aussi inutiles que coûteuses, le sénat et le Conseil Economique et Social, transformant leur rôle en celui d’un véritable conseil économique guidant la politique de l’état dans ce domaine important. Mais la nouvelle régionalisation est aussi un objectif majeur, explicité par le général dans son discours du 2 février 1969 à Quimper, livrant le fond de sa pensée sur ce sujet et dressant le portrait d’une France renouvelée, « l’avènement de la région, cadre nouveau de l’initiative, du conseil et de l’action pour tout ce qui touche localement la vie pratique de la nation, voilà donc la grande réforme que nous devons apporter à la France. En raison du passé, du présent et de l’avenir, il est de toute justice que ce soit en Bretagne que je l’annonce à la France ». Mais la coalition de la gauche, la trahison d’une partie de la droite feront échec au général, le « non » l’emporte par 53 %, le général quitte le pouvoir et se retire de la vie politique. Son successeur Pompidou, déjà gravement malade, laissera les choses en l’état et la création des Etablissements Publics Régionaux ne modifiera en rien l’hyper-centralisme et la toute puissance de l’état parisien, avec les catastrophiques conséquences qui s’en suivront. Puis, les présidents qui le suivent, Giscard d’Estaing, Mitterrand, Chirac, Sarkozy, Hollande ne feront qu’accélérer l’inexorable déclin du pays initié par les tristement célèbres « évènements de mai ».
Des lois de régionalisation mal pensées et imposées sans aucune consultation des populations locales, des décisions prises dans le domaine sociétal sous la pression de l’extrême gauche, accentueront des divisions déjà profondes au sein des peuples et des classes sociales de ce pays. Dans ce domaine la présidence Hollande aura été de loin la pire, ses lois sociétales, conduisant à la destruction de la famille traditionnelle, ses attaques contre la classe moyenne par l’hyper-taxation, le charcutage administratif ébauché à la va vite et, comme les précédents, sans aucune consultation des populations concernées, qu’il imposera par sa loi NOTRe, auront causé de telles fractures dans la société française qu’elles seront sans doute très difficiles à combler pour reconstruire l’unité d’une nation si profondément divisée.
Les premières décennies du XXIe siècle
La république est donc plus désunie et plus divisée que jamais, les extrêmes « donnent le la » à la vie politique et, dans les banlieues des grandes villes, des quartiers entiers sont devenus des zones de non droit où fleurissent tous les trafics illicites, où les différends se règlent par l’assassinat, où les forces de l’ordre n’osent plus s’aventurer, sauf à risquer leur vie. Sans oublier le site de NDdL où, quel que soit le jugement porté sur la pertinence du choix qui a été fait d’y implanter un aéroport régional, il n‘en reste pas moins que des individus, pour beaucoup étrangers à la région, se sont emparés sans droit ni titre de terres et de bâtiments dont l’essentiel est la propriété de la collectivité et bravent la loi, les décisions de l’état et de la justice et la volonté majoritaire- ment manifestée de la population du département. Cette désastreuse situation souligne, si cela était nécessaire, le délabrement de l’état central et son impuissance dans un domaine pourtant régalien, la protection des hommes et des biens. A Notre-Dame des Landes il est évident que des hors la loi, au sens juridique du terme, ont enterré la république « une et indivisible ».
Les constitutions, chartes et senatus consultes de l’état-nation Certains mettent en doute la légitimité de l’état-nation en se référant à l’abondance des chartes, constitutions et senatus consultes qui ont marque son histoire administrative depuis 1789. Le pouvoir absolu de la monarchie française n’était pas défini constitutionnellement, contrairement à celui de la monarchie britannique, mais des édits et des chartes avaient fixé les droits et les devoirs des différentes parties de la société, les classes, les ordres et les corporations et les relations des provinces conquises ou acquises, avec le pouvoir souverain. C’est la révolution de 1789 qui inaugurera l’ère des constitutions et, jusqu’à nos jours, il y en a eu beaucoup (15), certains penseront, beaucoup trop, il faut donc les énumérer.
-Constitution de 1791 -Constitution de 1793 -Constitution de l’An III (1795) -Constitution de l’An VIII (1799) -Constitution de l’An X (1802) -Constitution de l’An XII (1804) et Senatus Consulte -Charte de 1814 -Addition à la Charte en 1815 -Charte de 1830 -Constitution de 1848 -Constitution de 1852 et Senatus Consulte -Constitution de 1875 -Actes constitutionnels de 1940 -Constitution de 1946 -Constitution de 1958
Il semble à certains qu’un état-nation qui s’est doté en 167 ans de quinze textes de nature constitutionnelle, sans oublier la multitude d’amendements qui ont modifié parfois profondément tous ces textes, un tel état nation donc donne l’impression d’être mal assuré de sa légitimité. Car ces changements de régimes ont été souvent brutaux, des pouvoirs à vocation démocratique succédant à des pouvoirs quasiment ou réellement totalitaires et souvent résultant de révolutions ou de coups d’état. Il est intéressant de noter que les USA qui se dotèrent d’une constitution à peu près à la même époque que la première constitution française n’en ont jamais changé depuis, même si leur constitution a été dotée de beaucoup d’amendements. A suivre ....
Jean Cévaër