Légitimité et illégitimité des états-nations - Première partie : De l’Empire Romain à la Francie Occidentale

Légitimité et illégitimité des états-nations.
-Sommaire -
-Première partie : De l’Empire Romain à la Francie Occidentale. -Seconde partie : Des capétiens à la restauration. -Troisième partie : De la Restauration à la guerre de 1939/45. -Quatrième partie : De la guerre de 1939/45 aux premières décennies du XXIème siècle. -Annexes : commentaires et conclusion.
Légitimité et illégitimité des états-nations Première partie : De l’Empire Romain à la Francie Occidentale
Introduction.
Cette étude de la légitimité et de l’illégitimité des états nations est par construction limitée aux évènements et aux évolutions politiques, dynastiques, législatives, aux usurpations, aux coups d’état et aux révoltes et révolutions. S’agissant de l’histoire de France cette étude ne comprend donc pas ce qui au cours des siècles s’est développé sur son actuel territoire dans le domaine des arts, des lettres et des sciences et qui a été souvent admirable. Sans oublier le champ des idées où se sont signalés de très grands penseurs, les domaines de l’industrie et aussi de l’artisanat dans lequel et dans beaucoup de ses branches et en particulier le luxe, les artisans français ont été et sont toujours admirés. En n’ignorant pas que les découvreurs, les médecins spécialisés dans les maladies dites tropicales et les missionnaires de ce pays ont aussi laissé leur nom et leur souvenir sur tous les continents et souvent leurs noms sont plus connus à l’étranger que dans leur propre pays. Ils ne sont d’ailleurs pas les seuls à être oubliés ou ignorés de leurs compatriotes, c’est aussi le cas de beaucoup de grands penseurs, en particulier dans les domaines sociaux et économiques.
La légitimité.
Il faut d’abord définir le mot. Légitime, du latin « legitimus », signifie établi par la loi, conforme aux règles. Donc est légitime ce qui est fondé en droit et la légitimité, par assimilation est devenue la qualité de ce qui est juste, donc conforme au droit. Par contre est illégitime ce qui est contraire au droit. Il est donc juste de s’interroger sur la légitimité des pouvoirs qui se sont succédés à la tête d’un pays comme la France et si leurs lois furent toujours et majoritairement fondées en droit. Cette modeste étude n’a évidemment pas pour but de déconstruire l’histoire dite de France telle qu’elle fut et est écrite par les historiens français qui, depuis des siècles ont fait et font autorité. Ce qui est recherché ici c’est une remise en perspective des évènements qui, depuis plus de deux mille ans se sont déroulés sur le territoire de ce qui est aujourd’hui la France et donc, dans leur contexte d’évaluer la légitimité ou l’illégitimité des régimes qui se sont succédés sur son sol.
Les origines.
Les peuples préhistoriques qui pendant des dizaines de millénaires ont occupé l’espace géographique aujourd’hui appelé France nous sont surtout rappelés par leurs peintures rupestres et, par la suite par les monuments mégalithiques. Les peuplements que l’on peut considérer comme historiques ne sont vraiment connus dans ce que les Romains devaient appeler les Gaules qu’environ 1.000 ans avant notre ère à l’Age du Bronze Final et parmi ces peuples il y a les Celtes, des Indo-Européens, comme les Grecs et les Romains qu’ils affrontèrent sur leurs propres territoires. Mais les Grecs qui dominèrent la Méditerranée se sont implantés dès 620 avant notre ère dans le Sud Est de ce qui est aujourd’hui la France et y créèrent des comptoirs devenus les villes de Marseille, Antibes, Nice et aussi Agde et Arles. Quelques siècles plus tard, vers 125 avant notre ère les Romains fondèrent, dans ce qui s’appellera les Gaules, une colonie qui devint la Narbonnaise. Quant aux peuples dits celtiques ils semblent être progressivement arrivés dans l’espace qui deviendra Gaulois à partir de l’âge du Fer, soit dès le IX e siècle avant notre ère, un mouvement qui s’accentuera vers les VIe et Ve siècles avant notre ère.
Les peuples celtes.
Comme les peuples celtes ont joué un rôle important dans le développement des Gaules il faut s’arrêter sur leur histoire, qui fut celle d’un groupe humain non seulement conquérant mais remarquablement industrieux et inventif auquel nous devons bien des objets d’usage courant encore aujourd’hui. Avant la conquête romaine, qui commença en 58 avant notre ère il y avait peut-être dans les Gaules plus de deux cents peuples d’origine celtique identifiés et leurs contacts avec les Grecs, les Etrusques, les Romains et même les Phéniciens furent nombreux et suivis. Ce qu’il faut noter c’est que sur une grande partie du territoire de ce qui est devenu la France, au moins au premier siècle avant notre ère, existait une unité linguistique, culturelle et religieuse qui eut pu servir de base à cette unité française tant proclamée, mais si l’on excepte la ridicule inclusion de Vercingétorix dans l’histoire dite de France et la référence à « nos ancêtres les Gaulois » des historiens français, la réalité c’est que tous les pouvoirs français depuis la première révolution ont fait tout leur possible pour éradiquer dans le dernier territoire celte de ce pays, en Bretagne armoricaine, tout ce qui rappelait la culture et la langue des Celtes. C’est là un premier marqueur qui peut amener à mettre en doute la légitimité d’un état-nation, qui base cette légitimité sur une histoire pour beaucoup inventée, mais qui refuse d’assumer un passé fondateur, pourtant encore inscrit aujourd’hui dans la toponymie nationale.
La Gaule gallo-romaine.
En 58 avant notre ère commence l’invasion de ce que les Romains appellent Gallia, la Gaule pays des Galli (peut être les « étrangers ») alors que les Celtes s’appellent eux même Celtae en latin, signifiant peut-être « braves, forts », comme Keltoï en grec. La guerre dite des Gaules se terminera par la prise d’Alésia en 52, mais les Romains étaient déjà implantés dans la Narbonnaise comme indiqué. Cette occupation durera cinq siècles, stabilisera et figera l’implantation des peuples celtes dont les noms resteront jusqu’à nos jours dans la géographie et la toponymie, par exemple le nom des villes, Angers, Autun, Bayeux, Paris ou Troyes, les Romains fixeront aussi les frontières géographiques de ce qui deviendra la France au cours des siècles. Quant aux structures administratives de l’empire elles perdureront elles aussi pendant des siècles, par exemple à travers l’organisation de l’Eglise Catholique. Ainsi, la Lyonnaise Troisième, chef lieu Tours qui incluait Angers, Carhaix, Corseul, Jublains, Le Mans et Nantes restera pendant des siècles, pour l’essentiel, le territoire de l’archevêché de Tours. Au Ier siècle de notre ère, la Paix Romaine commence dans les trois Gaules, Aquitania, Celtica, Belgica, dont la capitale est Lyon (Lugdunum), alors que la Narbonnaise est rattachée directement à Rome, ce qui expliquera bien des soubresauts de l’histoire dans ces territoires et jusqu’à nos jours.
Mais dès le IIe siècle de notre ère, l’empire romain est menacé par des peuples guerriers voisins, les Parthes, Marcomans, Maures, Sarmates, une menace aggravée par les rivalités internes à l’empire et les affrontements des prétendants à la magistrature suprême. Dès la fin du II e siècle les Limes rhénan et danubien sont menacés par des peuples germaniques ou scandinaves, les Alamans, les Burgondes, les Goths, les Vandales, qui, heureusement pour l’empire s’affrontent aussi entre eux. Il faut noter la proximité entre les Germains et les Celtes dans les domaines linguistique et culturel, proximité indiquée par la signification de Germain, du latin « germen » signifiant « du même sang ».
Parmi ces peuples d’origine germanique certains sont restés libres, « franken » et, sous le nom générique de Francs en français, ils s’allieront au gré des circonstances, certains d’entre eux se mirent d’ailleurs au service des Romains et plus tard, à la fin du IIIe siècle, quand l’empire sera déchiré par les rivalités impériales et menacé à ses frontières, les troupes franques seront de plus en plus nombreuses pour assurer la protection des Limes romains et, dans le même temps des prisonniers d’origine germanique seront utilisés pour repeupler les Gaules et certains deviendront des colons, les Gaules celto-romaines se germaniseront et, au IV e siècle il s’agira alors d’une véritable colonisation.
Mais à cette époque, sous le règne de Constantin intervient un nouvel élément, la religion du Christ, longtemps persécutée, se substitue peu à peu au polythéisme romain et aux cultes orientaux apportés par les légions romaines. L’édit de Théodose en 392 fit du christianisme la religion de l’empire, mais déjà elle s’était étendue dans les Gaules, où le premier monastère fut fondé à Ligugé en 371 par Martin, évêque de Tours, ce fut l’élément fondateur d’un maillage monastique qui couvrira tout le territoire, l’aménageant, le développant et le façonnant au cours des siècles. Quant à l’Eglise devenue romaine elle calquera son organisation sur les structures administratives de l’Empire.
Mais la germanisation des Gaules ne cessera pas, au début du Ve siècle c’est l’arrivée des Visigoths, des Burgondes, des Alamans et des Ostrogoths, ces derniers parfois associés aux Huns.
Dans le même temps ce sera l’invasion de l’Ile de Bretagne par les Angles et les Saxons, conduisant à l’implantation en Armorique de population celtiques fuyant cette invasion et quittant l’île de Bretagne qui deviendra la Grande Bretagne, l’Armorique devenant elle, la Petite Bretagne, puis la Bretagne.
Ainsi, les Gaules, dès la fin du IV siècle de notre ère sont déjà peuplées par des populations d’origines diverses, les descendants des peuples autochtones qui sont peut être ceux qui érigèrent les mégalithes et ceux qu’il faut appeler des envahisseurs celtes, grecs, italiques, germains et parmi ces derniers un groupe émergera, les Francs Saliens, qui ont été autorisés à s’implanter dans les Gaules par l’Empereur Julien en 358 et qui joueront un rôle majeur dans la création de ce qui sera le Royaume Franc.
Le Royaume franc
Les Francs Saliens sont donc implantés au Nord des Gaules, dans la Belgique Seconde, à la fin du Ve siècle, leur roi est Childéric Ier, qui deviendra général romain, il a quatre enfants dont Chlodwig, Clovis pour les Français. Mérovée qui donna son nom à la dynastie franque et qui était aussi au service des Romains est sans doute le père de Childéric. A la mort de son père en 481 Clovis lui succède, c’est un excellent guerrier, un politicien retors et un conquérant sans scrupule, ayant épousé une princesse rhénane il n’hésitera pas à faire assassiner tous les chefs des Francs Saliens et des Francs Rhénans, les Ripuaires et même plusieurs membres de sa propre famille pour garantir à ses fils son héritage. Il vole de victoire en victoire, contre les Romains, contre les Germains rhénans et transrhénans, les Thuringiens et les Alamans. Pour consolider son emprise sur le Nord des Gaules il épouse une princesse burgonde et chrétienne, Clotilde, qui apparemment le convainc de se convertir au catholicisme, ce qu’il fera à Reims en 496 après sa victoire de Tolbiac sur les Alamans. Ayant donné sa sœur en mariage au roi des Ostrogoths, allié aux Burgondes il se tourne contre les Visigoths qu’il défait à Vouillé, du Sud des Gaules, ils ne conserveront que la Septimanie qui deviendra le Languedoc, quant à la Provence elle redevient romaine. A cette époque le territoire de ce qui deviendra la France est occupé par des peuples d’origine germanique, les Alamans, les Burgondes, les Francs, les Ostrogoths, les Visigoths et seule l’Armorique est restée celtique, les Celtes Armoricains ayant donc accueilli des Bretons venus de l’île de Bretagne. Devenu « consul » de l’empire romain d’Occident Clovis transfert sa capitale de Soissons à Lutèce qui reprend le nom celte de Parisii. En 511 Clovis réunit le Concile des Gaules à Orléans qui le désigne comme « roi glorieux fils de la Sainte Eglise ». Cette alliance du pouvoir franc et de l’Eglise qui est déjà puissante, qui contrôle les villes par ses évêques, pouvant être assimilés à de hauts fonctionnaires de l’empire romain, est et sera un atout majeur pour Clovis et pour sa dynastie, après sa mort en 511. Son royaume annonce l’empire de Charlemagne, deux siècles plus tard. Mais il existe alors deux Francie, issues des provinces romaines, outre Rhin, la Francie Rhénane issue de la Belgique Première et la Francie, qui deviendra Occidentale, issue de la Belgique Seconde, cette rupture sera la source de bien des conflits futurs. Mais c’est dans cette saga de Chlodwig, le Germain, que les historiens français placeront les origines de la France, se basant sur l’histoire des Mérovingiens telle qu’elle a été narrée par Augustin Thierry, qui s’inspirait de l’historiographe franc Grégoire de Tours. S’il n’est pas étonnant que Clovis ait été considéré comme le premier roi chrétien « de France » par les historiographes de la monarchie capétienne, il est plus surprenant que la IIIe république laïque ait vu en lui le fondateur de la « nation française » et ait même célébré, en 1896, le quatorzième centenaire de son baptême. Les successeurs de Clovis, les Mérovingiens donc, se partagent le royaume dans des querelles dynas- tiques, marquées par l’assassinat des rivaux réels ou potentiels et par des unions de circonstances. Dagobert Ier en fut un sanglant exemple. C’est ce qui a conduit les chroniqueurs des siècles suivants à considérer les rois mérovingiens comme « féroces, bêtes et décadents ». Ce qui n’empêchera pas le Regnum Francorum d’être déjà considéré comme « un et indivisible », il faut noter que dès le début du VIe siècle il englobait une partie des Gaules, sauf la Bretagne qui s’affirmait, partiellement l’Aquitaine et aussi une grande partie de la Germanie.
C’est alors qu’émergèrent la Francia Rhinensis et ensuite la Francia Occidentalis. Un siècle plus tard elles donnèrent naissance à la Neustrie, à l’Austrasie et à la Burgondie qui deviendra la Grande Bourgogne. C’est Clotaire II qui donnera aux trois royaumes une certaine unité avec Paris pour capitale.
Au cours de trois siècles les Gallo-Romains du Nord de la Loire s’assimilèrent progressivement aux envahisseurs Francs, des Francs qui, eux-mêmes, s’étaient depuis longtemps romanisés.
Il faut répéter que pendant ces siècles troublés, l’Eglise et surtout ses évêques jouèrent un rôle important dans l’administration du Regnum Francorum et dans l’aménagement de son territoire, aidés dans ce domaine par les institutions monastiques, l’Eglise fut aussi un lien social puissant avant l’apparition fort tardive du sentiment national. C’est pourquoi, nier aujourd’hui l’influence de l’Eglise dans la formation de ce qui s’appellera un jour la France, est un non sens historique.
Donc, dans ces trois siècles, VIe, VIIe et VIIIe se dessinent les structures, territoriales, administratives et ecclésiastiques de ce qui deviendra le royaume de France, quatre siècles plus tard.
Mais naissent deux pouvoirs parallèles, d’une part les rois et reines de la dynastie mérovingienne et d’autre part la dynastie des Pippinides, les maires du palais, les premiers ministres mérovingiens.
Ainsi s’amorça le premier changement de dynastie, faut-il écrire la première usurpation, la dynastie des maires du palais, les Pippinides va remplacer celle des Mérovingiens, les descendants de Clovis.
Le plus connu des maires du palais est Charles dit « Martel », qui défit les Frisons, les Saxons et bien entendu, en 732, entre Poitiers et Tours, les envahisseurs arabes et, par la suite les alliés des arabes, en Aquitaine, en Septimanie et en Provence. Faut-il ajouter que ce « héros » organisa ce qu’il faut bien considérer comme des génocides, en Frise et ailleurs. Mais ces combats libérateurs renforceront les liens de l’Eglise avec son protecteur, c’est l’époque où se multiplieront les églises et les monastères. C’est aussi l’époque pendant laquelle s’installeront en Austrasie et en Neustrie de nombreux Juifs et Syriens qui prospèreront dans le commerce, y compris pour certains dans celui des esclaves, des prisonniers « Sclavones », c’est à dire Slaves, d’où viendra leur nom « d’esclaves » et qui furent vendus essentiellement aux conquérants Arabes d’Afrique du Nord et de la péninsule ibérique.
Trois siècles après le début du déclin de l’empire romain d’Occident, le pouvoir Franc domine une grande partie de l’Europe Occidentale. Même si, à l’Ouest les Francs ne sont qu’une minorité au sein des populations gallo-romaines, qui n’ont pas adopté la langue germanique mais continuent d’utiliser une langue d’origine latine avec ses divers dialectes qui deviendront d’oc et d’oïl, dans les Gaules les Mérovingiens auront réussi la fusion partielle des peuples celtes, germaniques et gallo-romains.
La domination arabe d’une partie de la Méditerranée conduira au transfert des activités économiques vers le nord des Gaules où Paris deviendra un centre commercial et artisanal important. C’est l’époque aussi où se développeront chez les artisans les guildes et les corporations, qui joueront le rôle que nous savons dans le royaume de France.
La succession de Charles dit Martel fut marquée par maintes querelles dynastiques et par des partages du royaume plus ou moins bien acceptés. Mais le roi Franc qui devait marquer les esprits est Karl, le petit fils de Charles, qui deviendra, Karl der Grosse, Charlemagne. Il étendit le royaume que lui laissa son père Pépin le Bref, qui lui avait confié à sa majorité le duché du Mans, protégé des Bretons par le Limes Britannicus, la Marche Bretonne appuyée sur les trois villes de Nantes, Rennes et Vannes. Charlemagne devenu roi en 768 contrôla tout le royaume franc en 771 après s’être emparé des terres de son frère Carloman. Charlemagne fut un politicien rusé, un très grand stratège, un guerrier courageux, un admirable organisateur, qui sut s’entourer d’hommes compétents, dont beaucoup d’hommes d’Eglise qui l’aidèrent à gérer ses domaines et à se cultiver et il comprit aussi quel rôle pouvait jouer l’Eglise dans la légitimation de son pouvoir et comme instrument de la gestion de son royaume. Ce qui explique qu’après avoir sauvé la mise au pape Léon III, confronté à une révolte locale et menacé par les Lombards il se fit couronner Empereur par ce pape à Noël 800. Il se présente alors comme le successeur des empereurs romains d’Occident et l’égal des empereurs d’Orient.
Son royaume couvre l’essentiel de l’Europe Occidentale jusqu’aux limites du monde slave y compris le nord de la péninsule Ibérique. Sa force ce fut la fusion qu’il réalisa entre la dévotion à Dieu, à l’Eglise, au roi et à l’état. Ainsi le royaume franc fut le résultat d’une alliance des dynastes carolingiens et de l’Eglise de Rome, qui marqua le début de cette royauté dite « de droit divin », concept que des croyants qui se réfèrent à l’esprit et à la lettre de l’enseignement de Jésus le Christ, peuvent considérer comme blasphématoire. Charlemagne, Austrasien d’origine, fixera sa capitale à Aix La Chapelle soulignant la domination germanique sur l’Europe occidentale. Mais ce grand royaume carolingien ne devait durer qu’un demi- siècle, de 775 à 825. Par contre son héritage politique, administratif, judiciaire, religieux, culturel et même monétaire durera des siècles. Louis le Pieux succéda à son père Charlemagne mais son règne fut assombri par d’innombrables rival- ités et querelles dynastiques, qui éparpillèrent le pouvoir et conduiront à la féodalisation de ce qui deviendra la Francie après le traité de Verdun d’août 843. Le grand royaume franc est alors divisé entre ses fils en trois royaume, Francie Orientale, Lotharingie et Francie Occidentale, les deux premiers deviendront plus tard l’empire Ottonien et la Grande Bourgogne.
La Francie Occidentale
Charles le Chauve devenu roi de la Francie Occidentale rêve de rétablir à son profit le royaume franc de son grand père Charlemagne, mais il aura beaucoup de peine à s’imposer dans son royaume, ainsi il sera défait par les rois bretons Nominoë et son fils Erispoë, qui ajoutera à son royaume les Marches franques de Nantes et Rennes par le Traité d’Angers, de septembre ou octobre 851, établissant le royaume de Bretagne dans les limites historiques qui perdureront jusqu’à nos jours.
Face aux rois Bretons, l’Anjou et la Touraine seront les nouvelles Marches Bretonnes, confiées par Charles le Chauve à Robert le Fort, en effet les Carolingiens ayant succédé aux Mérovingiens, c’est en Anjou qu’apparait le premier ancêtre des Capétiens, Robert le Fort, un soldat de fortune, probablement descendant lui-même d’un mercenaire saxon amené en Francie par Charlemagne. Robert après avoir combattu Charles le Chauve se réconcilia avec lui et en obtint donc l’Anjou.
C’est en luttant contre les Nortmanni conduits par leur chef Hasting, allié au roi breton Salomon, que Robert perdit la vie en 866. Débute alors une période de rivalité entres les Carolingiens et les descen-dants de Robert, les Robertiens pour la direction de la Francie.
Le fils ainé de Robert le Fort, Eudes fut proclamé roi de Francie, à sa mort il reconnu le Carolingien Charles le Simple, comme son légitime successeur, alors qu’il l’avait d’abord combattu. Son frère Robert qui deviendra Robert Ier fut le second roi de Francie de la dynastie robertienne et le premier usurpateur, aux dépens de l’héritier légitime, le Carolingien Charles le Simple dont il avait été l’allié, il fut sacré roi à Reims en 922, en même temps que son fils Hugues, mais il fut tué en 923 en livrant bataille à Charles le Simple justement. Hugues dit « le grand », ne succéda pas à son père, mais se fit « faiseur de roi », d’abord, Raoul duc de Bourgogne, puis le Carolingien Louis IV d’Outremer et à la mort de Louis, son fils, Lothaire. Eudes fit aussi hommage à l’empereur Othon Ier. Hugues dit le Capet, fils aîné de Hugues hérita du duché de France à la mort de son père. A suivre ....
Jean Cévaër