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Bretons du Monde


Nous ne sommes plus au temps des colonies, Monsieur l’inspecteur…
L'association Bretons du Monde-OBE juge inqualifiable la conduite de Monsieur l'Inspecteur d'académie de Rennes Jean-Charles Huchet, qui estime normal d'entasser 49 bambins dans une seule classe maternelle bilingue à Bruz, en conséquence de son refus d'ouvrir une deuxième classe bilingue dans cette ville limitrophe de Rennes. Les refus d'ouverture de classes bilingues semblent sa spécialité puisqu'il s'est déjà signalé précédemment de la même façon en Ille-et-Vilaine, à Guichen.

Dans une lettre du syndicat SGEN-CFDT, les représentants du personnel s'indignent "de la situation ainsi créée" et demandent "d'assurer un fonctionnement conforme à l'équité et permettant le développement de cette filière en pleine expansion comme le démontre l'évolution des effectifs". Puis, suivant un décompte détaillé par classe maternelle, bilingue et monolingue, ils concluent que quelle soit la façon de considérer les effectifs, une ouverture de classe est bien nécessaire.

Pour sa part, la section d'Ille-et-Vilaine du syndicat UNSA s'indigne à son tour de "cette situation qui ne permet pas d'assurer la sécurité des élèves et des personnel" et qui "compromet l'avenir de la filière bilingue à Bruz en expansion depuis deux ans".

En analysant ensuit les situations respectives de Rennes et de sa périphérie, les représentants syndicaux constatent qu'un traitement équitable n'est pas réservé à ces deux secteurs pédagogiques voisins que sont Rennes et sa périphérie puisqu'un effectif identique de parents d'élèves demandeurs de filière bilingue vaut l'attribution de deux postes à Rennes mais un seul à Bruz.

A cette occasion, Bretons du monde-OBE souhaite souligner ce qu'il y a de plus grave sur le fond du problème. C'est en effet dans des termes inadmissibles que cet inspecteur justifie ses décisions !

Selon le Mensuel de Rennes,l'Inspecteur d'Académie de Rennes aurait déclaré qu'il ne trouverait pas de vacataire disponible pour prendre le poste, ce qui est contesté par l'association "Div Yezh" qui connaît le potentiel de candidatures. Plus grave encore, Monsieur Huchet déclare que "le département n'est pas brittophone" et que "le breton est une langue artificielle" !

Depuis quand un fonctionnaire de l'Education Nationale est-il payé pour juger - avec une double incompétence historique et linguistique en l'occurrence - des territoires qui sont brittophones ou non, et des langues qui seraient naturelles ou non ? Ou bien Monsieur l'inspecteur s'est trompé de siècle ou bien il n'est pas à sa place !

La qualification du breton comme "langue artificielle" n'est certainement pas neutre politiquement dans la bouche de Monsieur l'Inspecteur Huchet ! Il se trouve que ces termes sont habituellement employés par les membres d'une secte ultra-jacobine qui appelle volontiers au retour de Saint-Just et de Robespierre ! Si Monsieur Huchet se fait ainsi l'écho de ces coupeurs de têtes de la Révolution Française, consciemment ou non, qu'il le fasse du haut d'une tribune politique, ce qui serait son droit, mais constituerait une faute professionnelle en regard de sa fonction…Ce ne serait pas sa seule faute professionnelle, car s'il avait fait son travail comme sa charge le lui impose, le problème de sureffectif ne se serait pas posé à Bruz…

En ce qui concerne la question des territoires qualifiables de brittophones ou non, Monsieur Huchet n'est pas habilité à en décider car la légitimité géographique des enseignements linguistiques n'est pas de son ressort. En suivant cette logique, ni l'anglais ni le chinois ni l'arabe n'auraient droit de cité en France où nulle région ne peut les considérer comme langues autochtones. Au demeurant, le breton fut bel et bien, dans les siècles anciens, langue maternelle d'une majeure partie des habitants de l'Ille-et-Vilaine actuelle…

Puisque monsieur l'Inspecteur Huchet s'aventure néanmoins sur le terrain de l'implantation géographique du breton, il devrait savoir que la mobilité existe en Bretagne comme ailleurs dans le monde. A ce propos, il n'existe plus, depuis ces dernières décennies, de limite linguistique nette séparant une zone d'implantation massive du breton dite Basse-Bretagne d'une zone romane dite Haute-Bretagne où ne se parlent que le gallo et le français. Si la Basse-Bretagne est désormais bilingue breton-français, la Haute-Bretagne compte désormais un nombre croissant de Brittophones, soit venus de Basse-Bretagne, soit Haut-Bretons d'origine désireux de parler la langue de leurs ancêtres.

Mais l'administration s'acharne encore sur la langue spécifique des Bretons comme s'ils étaient les indigènes de la France comme au bon vieux temps des colonies… Puisque Monsieur l'inspecteur prétend s'y connaître en matière de langues artificielles, nous l'invitons à lire un paragraphe de "Chroniques de la France et des Français" (Editions Chronique, page 158) :

Une langue nouvelle : le français. Saint-Amand, vers 880. Les reliques de sainte Eulalie, martyre espagnole, ont été retrouvées. A cette occasion, les musiciens de Saint-Amand, sous la direction du poète et théoricien de la musique Hucbald, créent deux poèmes chantés à la messe sur la même mélodie. L'un est en latin, chanté par les clercs, l'autre est chanté par les fidèles laïcs.

Ce dernier raconte les épreuves de la Vierge : "Voldrent la veintre li Deo inimi, voldrent la faire Diaule servir" ("Voulurent la vaincre les ennemis de Dieu, voulurent la faire Diable servi"). Une nouvelle langue s'affirme : le français.

La lecture de ce paragraphe apprendra deux choses importantes à Monsieur Huchet : • Toutes les langues évoluent et doivent s'adapter à leur environnement ainsi qu'aux nouveaux concepts de leur époque et le breton ne fait pas exception à la règle. Le français des origines (le vieux-français), le moyen-français (de Villon et Montaigne, jusqu'à la Renaissance) et le français moderne sont ainsi tellement différents que les auteurs ont cru bon d'en faire la traduction. Quoi de plus naturel ? Faut-il qualifier pour autant le français de langue artificielle ?

• Les historiens datent "l'affirmation" de la langue française vers 880. A cette époque, le breton s'était déjà implanté dans la péninsule armoricaine depuis près de 400 ans ! Lui aussi a évolué tout comme cousin linguistique qu'est le gallois à partir du vieux breton à partir du brittonique dont ils sont tous deux issus.

En conclusion , nous souhaitons que l'administration française en Bretagne s'abstienne désormais de décréter indûment que la présence du breton en Haute- Bretagne serait moins légitime et plus artificielle que le français !

Communication Bretons du Monde - OBE

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